Recherche de la vérité
25 Février 2021
Crépuscule
Je suis ce vieux gamin qui met des pantalons,
Ce rugueux paysan fermé par un veston,
Ce pur-sang cravaté qui galope sur place,
Dans l'enclos d'un bureau perclus de paperasses.
Je suis ce déporté au goulag des moteurs,
Ce sauvage enrhumé par les radiateurs,
Ce rêveur en conserve et cet aigle reptile,
Ce rut émasculé par les crocs de la ville.
Je suis cet oeil de lynx crevé par les néons,
Ces muscles de trappeur en fauteuil de salon,
Qui coururent pourtant jusqu'où seul l'esprit chasse,
Qui crurent dépasser les confins de l'audace.
Je suis, sous trop de rien, ce fou plein de géant,
Ivre, sous trop de murs, du vaste inapparent,
Je suis ce scribouillard qui oublia d'écrire,
Qui préféra laisser le vent perçant mieux dire.
Je suis ce trop verbeux, lesté de mots savants,
Loin des nobles jurons des ultimes manants,
Loin des grands lits de blé de leurs filles magiques
Érigeant d'un baiser le sceptre volcanique!
Mais sous trop de petit, presque désespéré,
Je cache un alchimiste, et son or enchanté
Peuple de chevaliers sans peur et sans reproche
Les châteaux nuageux que l'orage décroche!
Il pleut de ces Villon, de ces purs malandrins
Tempêtant et tonnant les insolents refrains
Qui réveillent les morts, qui secouent
Et font enfin trembler ses tyrans délétères!
Et je peux regarder, aussi gai sacripant,
Se coucher lentement l'orgueil de l’occident,
Et je peux renifler la douce pestilence
De nos dieux pourrissants qui tombent en silence...
La nuit me rend le jour, je renais fils du feu,
Le vrai soleil, premier, redore mon fier gueux,
L’esclave redevient son esprit magnifique,
L’ombre humaine remonte à la grandeur cosmique!