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André Streel

Recherche de la vérité

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HIVER VERT

Hiver vert

 

Cet hiver-là il fit si joie au fond des êtres

Qu'il n'y eut pas d'hiver, ni dehors ni dedans,

Que le soleil continua longs jours durant

De fort brillamment et fort ardemment paraître.

Peut-être qu’il était un peu distrait, l'hiver.

Qu’il avait oublié de se lever à l’heure

Ou qu’il avait été le bon jouet d’un leurre,

N’avait-il pas plutôt perdu son temps, l’hiver,

Qui se donnait des airs d’été, comme en vacances,

Qui négligeait ses gels et ses verglas glagla,

 A moins que bien malade, un rien trop raplapla

Après avoir pris froid, dès lors  comme en latence…

Plus simplement encore en froid avec son froid,

Après tout pourquoi pas ? Querelle ménagère,

Qui n’a pas, n’est-ce pas, ses petites misères ?

 Pour sûr envisagé désormais sans effroi.

Vraiment il n’était plus que l’ombre de lui-même,

Racontaient les conteurs, narraient les narrateurs

Au coin du feu éteint, leurs charmants auditeurs

Partis courir les prés, les fleurir de “je t’aime”.

Tout se passa d’abord bien merveilleusement.

Qu’espérer de meilleur ? Et si contagieuse

La bonne humeur sous fête aussi délicieuse

C’était merveilleux, ça oui, l’émerveillement !

L’étonnement fut tel que peut-être bien même

 Il n’étonna jamais aussi étonnamment!

Dès lors, quoi d’étonnant que tous dorénavant

Fissent don à l’hiver des plus charmants poèmes ?

De tout petits frissons pouvaient certes parfois

Revenir du passé, guère plus que reliques

Sans danger, tout au mieux souvenirs romantiques,

Fantôme inoffensif, le grand froid. plus très froid.

Enfer bien révolu, angoisses d’un autre âge,

Pour le moins l’ennemi n’était plus l’ennemi.

Adoré à présent qui fut hier tant honni,

Bonheur sans limite, horizon sans nuages.

Et pourtant il finit par finir, le beau temps

Permanent de l’hiver qui au chaud se prélasse,

Et pourtant il finit par retrouver sa glace

Et ses mauvais pouvoirs, l’hiver, et pour longtemps !

Faisant trembler comme jamais sous ses ravages,

Et grelotter, et s’enrhumer, et toussoter

Et s’abriter, et se terrer, et se serrer

Tout au fond des maisons, tout contre le chauffage

Au vrai,  qu’est-ce qui donc ainsi le rameuta,

Le déchaîna, le renfonça dans ses folies

Le rajeunit soudain de quelques décennies ?

La question bien sûr à plus d’un se posa.

En tout cas la réponse en fut bien surprenante

Ni le vil égoïsme ou la méchanceté,

Ni la haine ou l’orgueil ne furent accusés,

La cause qu’on trouva était plus qu’attachante !

Oui, ce qui eut raison de cet hiver été

Oui, ce qui provoqua la plus grande détresse

Fut ce qui sans mot dire, à pas feutrés progresse

Et se nomme d’un mot qui ne peut apeurer :

Ce fut tout bêtement la très molle habitude !

Sans prudence chacun s’endormit lentement

Sur son  bonheur moelleux, plus qu’engourdissant,

Si bien que s’invita ce laid jour hébétude,

Qui vit soudain pâlir le trop émerveillant,

Et l’extraordinaire avoir l’air ordinaire,

Ce laid jour-là s’en fut le merveilleux mystère

Qui n’émerveilla plus que très normalement.

A tout prix on voulut  réveiller le prodige.

En vain s’escrima-t-on : le mal était bien fait

Qui interdit du froid tout nouvel irrespect.

Pleurèrent les regrets sur les amers vestiges.

Ratatinés, les corps sous les anciens manteaux,

Se protégeant au mieux des polaires morsures,

S’accommodant quasi de telles meurtrissures :

A la longue l’hiver fut même trouvé beau !

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